Malgré toutes ces petites contrariétés, la ferme,très vieille et fatiguée, un peu branlante dans se vieux colombages et ses bâtiments vétustes, c'est redressée,fière d'exister à nouveau.

Et quelle revanche, elle dont personne ne voulait plus, est redevenue fringante.Plus de fuites dans ses toitures, un nouveau balcon (lauwa) en chêne sapin et cyprès massifs, au milieu de son ventre son vieux fourneau en faïence réchauffait à nouveau ses habitants et ses visiteurs, son vieux four à pain duquel sortait à nouveau un pain excellent, grâce, entre beaucoup d'autres, aux conseils du vieux boulanger du village qui lui aussi à repris un coup de jeune au milieu de toute cette agitation.

Des animaux partout, des gens, des enfants, des cris,des odeurs, de la musique, des fêtes et son immense marronnier juste au milieu de sa cour.

Chaque matin des bus déchargeaient un flot de gamins qui laissaient, le soir en partant, des animateurs épuisés.Les weekend c'était le tour des amis et connaissances qui venaient "filer la main" ou faire la fête et le lundi çà repartait comme en 14 et aussi souvent comme en 17.

Les années duraient un mois, les mois un jour,un jour une heure.

Mais cette belle aventure qui avait démarré grâce à un noyau de rêveurs passionnés s'est trouvée infiltrée au fil des années par des jeunes qui rêvaient beaucoup moins, qui avaient trouvé chez nous un TRAVAIL. Ils étaient certes souvent plus efficaces que nous dans la gestion de l'"affaire" mais leur formation leur avait enlevé une partie de leur joie de vivre et de leur insouciance.On passait tout doucement du rêve et de l' improvisation à l'application et à la raison, de la partition de jazz au carcan de la musique classique.

D'autres choses encore changeaient, notre fille avait grandi, mon instit préférée commençait doucement à redéployer ses ailes, je me voyais mal finir ma vie dans cette ferme qui mourra avec moi, alors moi aussi j'ai commencé à reprendre soin de ma voilure.

Petit un: prise de conscience du fait que les trois-quarts des individus qui tournaient autour de moi à la ferme n'étaient du même sexe que moi.

Petit deux: exploration.

Petit trois: replonger le plus loin possible dans mon passé pour retrouver mes rêves d'enfant et d'adolescent. Pendant cette longue plongée en apnée et dans le flou des profondeurs j'ai quand même pu retrouver quelques passions oubliées et surtout une qui à très vite repris de belles couleurs: voilier, voyage,passage du nord ouest,liberté.

A partir de là et après presque 20 ans d'agitation la ferme est petit à petit retombée dans une sorte de léthargie, peut être pour mieux reprendre son élan....qui sait.