Et la chance continua à nous accompagner, certains y verront le doigt de Dieu, moi pas, ou la providence, ou le hasard, mais le hasard existe-t-il?

En tout cas nous voilà installés en pleine ville, à l'entrée de la foire sous un grand chapiteau.Les volailles et les lapins profitent d'une belle basse-cour engazonnée avec piscine, et tous les autres ont chacun leur box spacieux et confortable.

A l'ouverture, c'est la foule, des vieux qui retrouvent leur jeunesse devant les chevaux de trait ou la vache, beaucoup d'enfants, des citadins et aussi beaucoup de ruraux qui venaient parfois de loin. Cà parle, çà discute,les vieux souvenirs oubliés resurgissent, c'est un brouhaha incessant et pourtant les animaux font leur vie tranquillement, viennent voir les visiteurs quand çà leur chante puis retournent au fond du box quand ils ont besoin d'un peu de tranquillité. Un bel article parait sur notre prestation et attire encore plus de monde.

L'ouverture c'était un vendredi soir, et au matin du lundi suivant la truie gasconne toute noire qu'on avait baptisée "Mimi Rose" se décide à mettre-bas de neufs petits porcelets tout noirs eux aussi, et là c'est le délire, des gens contre la barrière sur trois épaisseurs et une file d'attente. La photo parue dans le journal le lendemain n'arrange pas les choses et le chapiteau ne désempli pas. Seulement les choses ne s’arrêtent pas là, le mercredi c'est Dalmatie de la Brisardière notre vache Jersiaise qui nous fait son premier veau mâle après trois femelles. Il s'appellera Jo parce que c'est l'année des J et qu'il est né aux journées d'octobre donc JO (hasard? ). Jo restera avec nous longtemps et deviendra un magnifique taureau au dos gris et à la partie antérieure du corps presque noire, des belles cornes puissantes. Il avait très bon caractère, une exception par rapport aux suivants.

Nouvel article, nouvelle affluence, certains ne viennent que pour çà et ressortent de la foire après avoir visité la ferme, un autre nous demande: " vous avez fini ou non parce que çà fait trois fois que je fais la route du fin fond du département avec mes petits enfants."

Cette semaine là le planning des visites à la ferme pédagogique  est complet sur presque deux années, et quelques semaines plus tard nous quittons Spechbach le haut emménageons dans une ferme beaucoup plus spacieuse, dans un des rares endroits du département où les agriculteurs ont su se maintenir avec leurs troupeaux à l'intérieur du village.

Nous voilà devenus la "Ferme pédagogique de Bernwiller".

Un puits, un four à pain pour des fournées de 30 kilos, deux étables, une écurie,une porcherie, un grand poulailler dans une grande basse cour, des colombages, un poêle maçonné en faïence verte ou plus simplement Kacheloffa, une chèvrerie, des clapiers, des remises une grange immense, des pâtures,un petit champ, un grand rez de chaussée pour l’accueil, un grand logement au dessus, une grande cave profonde, un grand grenier, et un magnifique marronnier centenaire dans la cour,une très belle forêt à deux KM, une bonne terre fertile... que demander de plus?

Beaucoup d'amis ,y compris des voisins directs, et puis l'embauche des premiers animateurs, des amis aussi, des journées bien remplies, des fêtes, des beuveries parfois, le jus de pommes, le cidre, les salaisons en automne, la forêt en hiver,les semis au printemps, les foins et les récoltes en été, et des visites toute l'année, de belles rencontres.....comme une idée du paradis, en plus fatiguant.

Comment avons nous trouvé cette ferme ?

Encore un coup du "hasard qui n'existe pas":

Pendant deux ans nous avons cherché une ferme à vendre, nous avons fait le tour du département, fait fonctionner nos relations, nos connaissances, couru à gauche et à droite, vu des conseillers-généraux, députés, la chambre d'agriculture, agents immobiliers, et un jour en désespoir de cause mon instit en discute au guichet de la banque ou de la poste avec la préposée, et s' entend dire par une femme  juste derrière elle: " J'ai la ferme que vous cherchez " eh bien c'était vrai.