La vie au chantier se passait bien, mon coéquipier était un Portugais un peu plus vieux que moi, et qui avait fait la guerre d'Angola pendant ses deux ans de service militaire. Ça l'avait marqué un peu, quand même, cette guerre et il y faisait souvent allusion, mais il ne pouvait pas encore en parler vraiment. Il habitait maintenant dans la banlieue de Paris avec femme et enfants et parlait un français sans accent comme beaucoup de Portugais. Ce qui l'attirait ici, comme ses collègues, s'était avant tout le salaire, le triple du salaire français. Certains autres venaient pour changer de vie, pour oublier, pour recommencer autrement, mais c'était des plus vieux, quarante-cinquante ans et ils avait droit, en bonus, à une cure de désintoxication gratuite, vu que l'alcool était complètement introuvable ici. Il y a quelques années encore c'était les routiers européens ou Turcs qui assuraient l’approvisionnement du marché noir de l'alcool mais les contrôles à la frontière étaient devenus trop sévères et les risques trop grands, résultat, plus une goutte.

Par contre du gas-oil il y en avait.Dans les stations les pompiste laissaient déborder les réservoirs, genre: "ici on est bien servi" et au chantier quand il y avait trop de poussière, un camion aspergeait toutes les pistes avec du mazout qui, avec la poussière et le soleil, faisait une croute solide qui résistait plusieurs jours au passage des engins.

Dans le marché de la vieille ville on trouvait de tout, fruits, légumes, viande et même de l' herbe. C'est pas de l'herbe à fumer dont je parle, mais de la belle herbe verte courte et grasse, posée sur une toile, en tas, avec juste derrière un homme debout les bras croisés. J' aurais été moins étonné si çà avait été du cannabis. C'était juste de l'herbe avec des fleurs sauvages comme chez nous au printemps. Mais qui avait bien pu trouver de l'herbe en plein désert, çà fait des mois qu'il n'est pas tombé une goutte de pluie, il n'y a pas une seule rivière ni même un ruisseau à 1000 Km à la ronde.

L'été les Saoudiens dormaient dans les parcs ou le long des avenues, sous les palmiers ou dans les rares espaces verts. Ils garaient leurs grosses voitures Américaines, faisaient trois pas, déroulaient leurs tapis et passaient la nuit en plein air, en pleine ville.

Un jour de septembre mes collègues me proposent une sortie dans le désert, un vendredi, jour férié. Ils me proposent une journée baignade, à trois heures de voiture vers le sud. Sur le coup j'y croyais pas trop, trouver un lac d'eau douce en plein désert, en plein été, je ne demandais qu'à voir. Et nous voilà partis à cinq ou six, de bon matin, direction nulle part. D'abord la route, puis la piste, très peu de végétation, parfois quelques chèvre et des chameaux en liberté autour d'une grande tente de bédouins et sa grosse voiture Américaine garée juste à coté. Au loin je commence à distinguer une falaise claire qu'on fini par atteindre, et au pied de la falaise un trou en forme de grande porte cochère naturelle. On gare la voiture près de quelques autres et on s'approche, au début on y voit pas grand chose, mais on entend au fond tout en bas d'une pente à 45°, des bruits de baignades.On commence à descendre sur un sentier en zigzag, et on fini par distinguer cent mètres plus bas,entre des blocs de pierres, un lac souterrain. Il fait frais, après les 45° à l'ombre d'un désert sans ombre, et l'eau est transparente avec des reflets verts. On passe la journée là avec des adultes et des enfants qui se baignent et qui font les fous comme dans toutes les piscines, sauf que celle-là est sous terre et qu'en regardant en haut on voit juste un ovale de lumière qui nous éclaire.

Quelques semaines plus tard nouvelle expédition, mais vers la mer cette fois. On a le choix entre la mer rouge à Djeddah ou le golfe Persique à Dhahran. On choisi le golfe et après plusieurs heures de voiture on arrive sur une plage déserte à part quelques pêcheur Cambodgiens. La mer est immobile, pas un brun de vent, l'eau est chaude comme de la soupe et le fond est couvert d'algues qui nous arrivent aux genoux. On essaye de marcher vers le large pour trouver un peu d'eau plus fraiche, mais après cent mètres on a toujours qu'un mètre d'eau, alors on renonce. Les seuls bruit qu'on entend c'est des bruits très sourds et très lointains d'explosions qui sont répercutés par la mer. A cent km de la c'est la bataille de Bassorah entre les Irakiens et les Iraniens.

Au fil des mois la température devient plus supportable. L'hiver est même agréable, frais la nuit, chaud le jour mais toujours pas une goutte de pluie.C'est aussi la période des vents de sable qui soulèvent un brouillard sec et jaunâtre qui pénètre partout. C'est là qu'on se dit que le chèche quand même ........