De retour d'Afrique je reprend un peu ma vie ordinaire.Mon chef m'envoie installer un monte-charges dans un village perdu des Vosges.C'est une maison de convalescence, on loge dans une pension de famille d'un autre âge, on ne redescend que le vendredi soir. On, c'est moi et mon aide sur une machine, et sur la machine d'à coté c'est Eric et son aide. On loge tous là-haut pour quelques mois. Eric à 4ans de plus que moi, des cheveux blonds jusqu'au milieu du dos, une barbe blonde jusqu'au milieu du ventre, et une Guzzi California. J'aime bien mon boulot, on est autonomes, on fait tout, du charoyage au coup de balai final en passant par la mécanique, l'électricité, la mise en route et les réglages. Quand on part on a la satisfaction d'avoir installé une machine complète et qui fonctionne. Le chef passe une fois par semaine et quand il ne nous trouve pas au chantier il nous rejoint au café.Malgré les réprimandes et les menaces de renvoi, il finit par renoncer et au bout d'un moment nous rejoint directement au bistrot. C'était une époque ou la main d’œuvre était rare, et comme le boulot était fait dans les temps, valait mieux se faire une raison.Au bout d'un moment c'est même lui qui nous prévenait quand le directeur ou le chef de service était dans les parages.

Les premiers beaux jours étaient arrivés, suivis immédiatement par l'envie de vivre un peu autre choses. J'avais depuis un moment l'envie de passer mon brevet de pilote d'avions de tourisme et je commençais à en parler à Eric.....qui a trouvé l'idée géniale. On se rejoint donc le vendredi soir, avant même de rentrer chez nous à l'aérodrome de Colmar, pour prendre quelques renseignements et 20 minutes plus tard on se retrouve à 1000m au dessus de la Hardt, dans un vieux Dornier trois place, Victor Oscar, c'était son nom, et dans la cabine, celui qui allait devenir notre instructeur.L'imprévu, l'aventure étaient là à à peine 100m de notre trajet habituel, on venait en quelques minutes de sortir de la routine.On a suivi les cours avec assiduité, avec un vieil instructeur un peu bedonnant dont les rots sentaient la vieille prune après les repas. La cabine était toute petite ce qui nous permettait de tout partager.

Un après-midi où j'étais seul avec lui, j'en était à ma cinq ou sixième heure de vol, il me demande de poser l'avion, comme je le faisait d'habitude, mais cette fois il ouvre la verrière, sort sur l'aile ( une envie de pisser sans doute), et me crie:" tu fais trois tours de piste tout seul"......" nan mais attendez, je suis pas prêt, faut d'abord que"...." on s'en fout, vas y". En désespoir de cause, je préviens la tour de contrôle, et j'envoie la sauce. Mes trois premiers décollages et atterrissages. Il était resté au bord de la piste et me regardait tourner. C'est ce jour là que j'ai compris qu'il était fou.

Pour moi l'aventure c'est çà, elle peut être tout près, çà n'est pas forcément 20 000 lieues sous les mers ou la conquête de l'Everest, il suffit de la provoquer un peu et de se laisser prendre.

C'est sûr que pour des parents c'est pas facile, mais on sait aussi en mettant un enfant au monde que çà risque d'arriver, que çà va arriver, que sa doit arriver. On le sait à la naissance de l'enfant, mais c'est encore tellement loin qu'on fini par oublier, on se rassure, mais l'aventure ne vous a pas oublié, elle,et un jour elle est juste devant la porte et avec un petit clin d’œil, elle emmène votre fils ou votre fille, qui la suit, et qui de loin vous fait juste un signe du bras, presque sans se retourner......INGRATS.

Heureusement les parents sont programmés pour résister à ce genre d'épreuves, çà peut être le Bon Dieu, l' alcool, ou la télé à haute doses, mais çà vaut toujours mieux que de les empêcher de partir.