In Salah, plus on va vers le sud, plus les villes sont éloignées les unes des autre. In Salah c'est des maison en terre et en pierres, mais c'est surtout des forêts de palmiers dattiers avec dessous et à coté des figuiers, des amandiers, des orangers, des citronniers, et encore dessous des légumes, de la menthe........ tout pousse dans le désert, il suffit qu'il y ait de l'eau, et de l'eau il y en a beaucoup, dessous. In Salah c'est une ile dans le désert, comme les Marquises dans le Pacifique.

A partir de là, le désert va changer, on entre dans le Hoggar par les gorges d'Arak.D'abord c'est des blocs de pierres arrondies posées un peu partout n'importe comment, et des collines qui ressemblent à des dômes de pierres lisses, comme d'énormes bulles de pierres qui sortent du sable.Parfois les blocs de pierres sont posées sur ces collines, en équilibre. Toutes les formes sont permises, des dos de baleines, des têtes de géants, des silhouettes de chameaux ou d'ogres, qui deviennent rouges dans le soleil couchant.

On va passer le tropique du cancer, on est dans le pays Touareg. A 20 ans on laisse pas encore trop filer son imagination, on pense plus au cardan qui commence à faire du bruit, ou a trouver un morceau de viande pour le soir...."que çà fait un moment qu'on en a pas eu". A 20 ans, on commence aussi à penser que pour les filles, on s'est complètement tromper d'endroit.Bien sûr on a tous remarqué que les femmes d'ici ne portent plus de voiles, juste des foulards sur la tête, qu'elles te regardent droit dans les yeux quand tu leur parles, qu'elles sont élancées comme des gazelles, et que c'est plutôt elles les chefs à la maison, parce que leurs nomades d'hommes sont souvent sur les routes et les pistes. Mais bon on a aussi remarqué que leurs hommes couraient certainement plus vite que nous, surtout dans le sable, que leurs couteaux étaient plus longs et mieux aiguisés que les nôtres,et que malgré tous nos encouragements notre vaillante 4L aurait du mal à dépasser le 80.La prudence à donc eu raison de nos hormones et nous avons sagement continué à admirer ces belles montagnes.

Tamanrasset, la dernière ville de notre voyage, une petite boucherie, pas de viande aujourd'hui, peut-être demain. Quatre jours plus tard la boucherie, toujours déserte jusque là, est remplie de monde, de la viande enfin.Mais bon c'est pas gagné parce que d'abord il n'y a qu'un mouton pour trente personnes, et qu'en plus il est pas bien gros. C'est notre sagacité de grand voyageur qui va sauver notre pot-au-feu. On se rend compte d'abord qu'il n'y a pas de file d'attente comme chez inter, et que c'est celui qui crie le plus fort qui est servi. Alors on pousse comme tout le monde et le premier de nous trois au comptoir emporte le gigot avec les mouches qui l'entourent. On est les seuls à crier en français, mais on est aussi les seuls à pas discuter les prix, et çà, le boucher, il le savait.

Le lendemain on par dans la montagne pour rejoindre l’ermitage du père De Foucault, et là çà devient grandiose. Des montagnes vertigineuses, en pain de sucre, des murs de 1000 m, des sommets à 3000, des ravins sans fond, que de la pierre partout. Sur la carte la route fait un circuit, qu'on prend dans le mauvais sens, ce qui fait que dans la dernière montée, la piste grimpe à plus de 20%, impossible de passer la seconde et dans les cailloux les roues patinent, alors au signal du conducteur, les trois passagers (on avait pris un jeune Iranien en stop, le pauvre) sautent en marche et poussent autant qu'ils peuvent, puis quand la voiture à repris un peu d'élan ils regrimpent comme ils peuvent.Heureusement c'est moi le chauffeur ce jour là. Impossible de croiser un autre véhicule, sauf dans les épingles et sortie de piste peu recommandée sauf en cas de très grande déprime. Arrivés au sommet on nous fait savoir qu'on a pris la piste dans le mauvais sens......trop aimable.

En haut c'est l'ancien ermitage, ou vivent deux ou trois moines Français, sans eau, sans électricité, pas de végétation, mais un paysage extraordinaire de cœurs de volcans dressés vers le ciel, et pas une présence humaine à moins de 50 Km. Retour à Tam toujours dans le mauvais sens mais la piste est beaucoup plus facile, on trouve même de l'eau potable, ou du moins, on remarque un gros tuyau en acier qui sort de terre à la verticale un peu à l'écart de la piste et en cherchant un peu, à une dizaine de mètres on trouve un poteau avec dessus un gros disjoncteur qu'on enclenche, et c'est la fête, douche et eau fraiche à volonté.

Et retour vers l'Europe par In Salah, El Goléa, la Tunisie et Gènes. La 4L a roulé encore plusieurs années après ce voyage.