Je me remets en route. Je remonte toute la péninsule du Jutland pour prendre le ferry vers la Suède.Puis direction Oslo où je ne m'attarde pas, j'ai jamais beaucoup aimé les grandes villes, et je repart aussitôt vers la région des grands fjords.

Pour arriver au Sognefjord je doit d'abord traverser les Alpes Scandinaves et je pars sur une petite route de montagne qui se transforme de temps en temps en piste.Dans la partie la plus haute du trajet la route est bordée de congères et les lacs d' altitudes sont pris dans la glace. On est fin Juillet.Le temps est humide et brumeux. J'entre dans un tunnel, étroit et sans éclairage, et je roule à 30 à l' heure pendant des kilomètres, çà monte, çà descends, çà tourne à gauche, çà tourne à droite, on y voit rien et enfin c'est la sortie et tout de suite la plongée au fond d'une vallée encaissée et tout en bas, des cerisiers couverts de fruits, de l'herbe grasse et la mer.En quelques Km on passe de -5° à 25°, de l'hiver à l'été. La route s'arrête là, le prochain bac c'est demain.

Le paysage est grandiose, la mer "remonte" entre les montagnes sur des dizaines de kilomètres et à certains endroits les deux falaises qui la bordent ne laissent qu' un Km de passage. Des falaises de 500, 600, 700m de haut qui plongent directement dans l'eau et desquelles tombent des torrents qui se transforment en pluie et n'aboutissent nulle part. De temps en temps la falaise se recule un peu et permet à une famille de construire une belle maison en bois sur un terrain pentu couvert de végétation. Leur seul accès à la civilisation passe par un petit embarcadère. Le seul inconvénient de ce petit paradis, c'est peut-être la pluie, qui tombe parait-il plus de 300 jours par an.

Le voyage se poursuit ainsi, de fjords en cols, toujours plus au nord, mais bientôt le climat change, la pluie devient plus rare et surtout le soleil arrête de se coucher. Surprenant même à 20 ans, quand on croit tout savoir. Bientôt je ne monte plus ma tente le soir, je me cherche plutôt un endroit abrité du vent et face au nord et je m'installe pour la "nuit" sur mon duvet en plein soleil. La notion de journée disparait petit à petit et je rencontre parfois des pêcheurs de saumons ou de truites et des cueilleurs de fruits ou de champignons à 2h ou 3h du matin. Le paysage change aussi, les montagnes sont de moins en moins hautes, les routes plus droites, les villages de plus en plus éloignés. C'est la "route 6" une cousine proche de la "route 66" un peu plus à l'ouest. Parfois elle devient piste de terre, large et droite sur des kilomètres, et toujours interrompue par des bacs qui m'évite des dizaines de Km de contournements de fjords.

Et voilà le grand-nord, une mer bleue très clair et transparente, on y voit à plusieurs mètres de profondeur même dans les ports, jusqu'au cap-nord sur l'ile de Honningsvag où la route s’arrête définitivement. Mais bon, trop de touristes, j'y reste une heure et je repars dans l'autre sens, c'était juste une étape à faire. J'envoie quand même quelques cartes à la famille et aux amis.

Je roule maintenant vers l'est toujours sur la côte, vers la frontière russe, après la limite géographique du continent, je veux voir la limite politique.

Eh ben de l'autre coté de la frontière sa ressemble exactement à ce coté, le même paysage les mêmes gens sauf que des gars en kaki qui n'étaient même pas du coin sont venus dire un jour au gens d'ici, là c'est chez nous, et là c'est chez vous, et entre les deux ils ont construit une clôture.

Après avoir buté sur le nord et sur l'est, ma moto repart donc vers le sud, vers la Finlande.Et là nouveau changement de décor mais culturel cette fois. Fini la Germanie et associés, ici c'est les Finnois, une langue gaie avec des i, des a, des o, et beaucoup de modulations, fini les harengs sauce sucrée, c'est la viande grillée sur les feux de bois, la rigolade, les couleurs, ma première impression a été de découvrir une Italie qui serait allé se perdre dans un lointain territoire du nord.

Premiers contact avec les lapons aussi, comme je n'ai fait jusqu'ici que suivre la côte et que les Lapons vivent plutôt à l'intérieur des terres avec leurs troupeaux de rennes, c'est en entrant en Finlande que je les ai vus enfin.Un des derniers peuples nomades d'Europe de l'ouest, habillés de peau de rennes, petits trapus et fiers, souvent assez méprisés par les peuples vivants plus au sud. Normal, ils n'ont pas inventé la voiture, l'avion et la télé.

J'ai rencontré aussi près du lac Inari, une vieille femme en habits traditionnels que j'ai d'abord prise pour une Laponne et qui après une discussion en geste-anglais-allemand-finnois m'a fait comprendre à mon grand étonnement qu'elle était Gypsy.

Suite du voyage par l'extrême est de la Finlande, le long de la frontière russe, un immense pays plat couvert de forêts d’épicéas et de lacs et de temps en temps une ferme isolée en pleine nature, avec des pâtures et quelques petits champs gagnés sur la forêt après défrichage et arrachage des racines. L'autre caractéristique de la Finlande au mois d'aout, c'est les milliards de moustiques qui rendent la vie en extérieur très compliquée.

Retour vers l'ouest par Helsinki, Turku, Stockholm par le ferry, puis Copenhague, certainement la ville la plus agréable du nord. Et puis un soir déjà, sous mes roues la cour de la maison et la reprise de la vie "normale".

Ma grand-mère dans tout çà, ben elle supporte de mieux en mieux, va falloir que je trouve autre chose.....tiens pourquoi pas le Sahara ???