Ravach'Ol

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mardi 8 juillet 2014

30- Vol libre suite

Le deuxième vol, c'était un soir, vers la fin aout. On était encore deux ou trois au décollage, c'était plus un vol pour ne pas redescendre en voiture. L'air est un peu trouble vers l'ouest, il n'y a pas de vent. On décolle, les deux autres restent un moment sur la crête, moi je préfère partir vers le milieu de la vallée, je pense déjà à l’entrecôte et à la partie de tarot qui suivra. Au bout d'un moment je suis déjà presque sur le versant opposé de la vallée, qui est déjà bien à l'ombre, et çà commence à monter. Je ne comprends pas tout de suite, je pense à un défaut du vario, à une dernière bulle égarée, pourtant je suis obligé de constater que çà monte, et que çà monte même de plus en plus vite. Je vais encore plus vers l'ombre, j'essaye vers la gauche, vers la droite, je fonce droit devant moi, et çà monte toujours. Je commence même à prendre beaucoup d'altitude. Je regarde derrière où je vois mes deux amis finir leurs vol, je regarde autour de moi, et je distingue au loin très haut devant moi une aile. Elle ne venait visiblement pas de chez nous, elle avait sans doute fait la route depuis la ballon d'Alsace, ou depuis ailleurs, ou depuis nulle-part.

Je vais dans sa direction et je continue à monter. Quoi que je fasse, je monte maintenant depuis plus d'une demi-heure et je ne comprends absolument pas pourquoi. Je me retrouve bientôt à plus de 3000m, dans une atmosphère trouble, avec un large bandeau gris sombre sur l'horizon. Le relief a disparu, une fois de plus au sol et je ne vois plus mon collègue de tout-à-l'heure. Je commence un peu à m'inquiéter, il se fait tard, et surtout je ne COMPRENDS PAS ce qui se passe. Est-ce que çà va s'arrêter ou est-ce que je vais être aspiré dans la stratosphère où je vais me perdre........ jusqu'à ce qu'on me retrouve dans quelques mois dans une forêt de Sibérie-Orientale tout desséché dans mon harnais

Pour se faire peur rien ne fonctionne mieux que l'imagination. Moi qui d'habitude aime assez être seul, je commence doucement à me sentir un peu trop seul.

Il est bien trop tard pour entamer un vol vers la plaine ou vers une autre vallée, dans moins de deux heures il fera nuit. Alors, après encore un temps d'attente, je tire sur la barre de contrôle, je l'amène jusqu'au niveau du bassin, je prends beaucoup de vitesse et je perds enfin de l'altitude. C'est très rare, dans le vol libre, de se retrouver dans cette situation de gaspillage. On passe notre temps à voler en finesse, à essayer de récupérer le moindre mètre d'altitude et à le garder le plus longtemps possible. Un gain de 3000m permet de parcourir en moyenne 30 Km, et bien plus si pendant ces 30 Km on récupère encore quelques ascendances..... mais passer toute une nuit en l'air et aller me poser au petit matin....je la sentais pas trop, l'histoire. Alors j'ai allègrement tout dépensé et je suis allé me poser juste en dessous avec des crampes dans les bras tellement ma position sous l'aile était inhabituelle.

Ce fut une longue glissade, dans un air doux et humide, où je passais d'un bord à l'autre de la vallée à toute vitesse, avec en prime cette sensation, que doivent parfois connaitre les joueurs, de claquer les gains d'une soirée juste par plaisir.

Le troisième vol, c'était par un bel après midi du mois de juillet. De voir tout ce monde en l'air, au Treh, çà nous déprimait un peu, moi, Fatssa, et Francis le facteur, alors comme souvent dans ces cas là on rechargeait les ailes et on allait explorer de nouveaux sites de décollage. On avait en plus la chance d'avoir avec nous la meilleure groupie du club, qui en plus d'être très mignonne, et agréable à vivre, était toujours prête à assurer les navettes et les liaisons quand on abandonnait la voiture, j'ai nommé: Jacqueline. On avait vaguement entendu parler de deux Suisses, qui en des temps préhistoriques, 10 ans plus tôt, avaient installé un tremplin en planches sur le coté ouest du Molkenrain. Ils y volaient avec les touts premier modèles de delta, à l’insu de (presque) tout le monde. Ils faisaient partie de la légende de notre histoire, personne ne se rappelait de leurs noms, ni même à quoi ils ressemblaient, sauf peut-être notre ancêtre, notre cher président, Nico, la mémoire vivante du club ( et il ne se prive pas de la partager). Nous voilà donc, pour un temps, transformés en archéologues. On fini par retrouver l' endroit ou subsiste quelques vestiges. L'endroit est intéressant, mais le tremplin est inutilisable. On pourrait à la rigueur décoller à coté du tremplin mais les arbres en face du décollage sont devenus trop hauts.

Après un moment de recueillement, on abandonne l'endroit mais on décide de décoller des chaumes, coté Est, au dessus de la ferme auberge. On transporte donc nos ailes tout en haut des chaumes et on déplie juste à la lisière de la forêt. L'endroit est magnifique, avec vue sur toute la plaine d'Alsace et jusqu'à la Forêt-Noire en face. Le décollage, par contre, est un peu limite, peu de pente, vent nul voir légèrement arrière et surtout un gros nuage d'orage sur la gauche au dessus de Soultz. On est assez inquiets, tous, et çà nous rend un peu nerveux. En temps normal je serais déjà en l'air, mais la çà demande un moment de réflexion. Le seul élément incontestablement positif c'est que pour l'atterrissage on a vraiment le choix, on a devant nous des kilomètres-carrés de prés et de champs, pour tout le reste c'est limite. C'est encore plus limite pour notre facteur qui lui n'a jamais pu se résoudre à quitter son vieux Lancer, un simple surface à la finesse assez limitée.

Au bout d'une heure, le vent ne s'établissant toujours pas, je décide d'y aller malgré tout. Je commence par bien me refaire le scénario du "décollage réussi", j'enregistre dans l'ordre chaque phase du décollage avec toutes les choses à faire, et celles à ne SURTOUT pas faire. Mais pourquoi c'est toujours à moi de partir le premier, on pourrait pas changer de temps en temps,......tiens, comme aujourd'hui par exemple. Mais on m'expliquera qu'il n'y a aucune raison de changer nos bonnes habitudes, que je fais çà très bien, que je suis dans mon meilleur rôle, et qu'en plus je suis le plus jeune...... même pas la peine de discuter avec des gens bornés à ce point. Après ce long dialogue intérieur, je me décide enfin.

lundi 7 juillet 2014

29- Vol-libre suite

Je vais pas raconter ici tous mes vols, d'abord çà serait vachement long et en plus j'en ai oublié beaucoup (et surtout je tiens à garder mes trois dernières lectrices). Je vais parler de quatre vols particuliers. Le premier se passe un matin vers le mois de mai ou juin. On est sur place un peu trop tôt pour décoller, il est 10h30. Certains commencent à monter leurs ailes, d'autres discutent, ils vont encore passer trois heures posés sur leurs culs en espérant de meilleures conditions.C'est vrai qu'il ne se passe pas grand chose, vent nul, un beau soleil mais il ne fait pas encore chaud. Sauf que moi, l'attente, c'est pas mon truc, alors je déplie, j' enfile mon harnais et je m'avance vers le décollage. On me dit que je vais faire un vol plané de vingt minutes et que dans une heure je serais de retour pour un second vol. D'accord mais dans une heure j'aurais fait un vol de plus, alors je décolle et je suis la crête de gauche encore bien à l'ombre. Personne ne bouge, ils doivent encore parler des filles, ou de leurs exploits dans le Jura ou dans les Alpes, avec des thermiques à plus cinq et des vols de six heures. Mais quand-même, je sais qu'ils me surveillent du coin de l’œil, au cas où je trouverais quelque chose. Je suis parti en chemise les manches retroussées, sans lunettes, sans gants, juste pour prendre un peu l'air après la soirée animée de hier.

Le vol se passe tranquillement. Au bout de la crête il me reste 150m de réserve. Je pense à me diriger vers l'atterro, mais avant je fais un dernier virage pour passer sur un versant rocailleux et bien ensoleillé. J'entends un premier bip, puis plus rien, mais quand même je préfère vérifier, j'y retourne et j'entends un deuxième bip, puis un troisième. Pas très convainquant mais j'ai rien de mieux à faire, alors je me mets en 360 et le vario ce met à biper plus régulièrement. J'arrête de perdre de l'altitude, je commence même à en gagner un peu. La grande ascension commence dans du velours. Je tourne toujours, je quitte pas l'endroit, et je monte, çà bipe de plus en plus vite. La colonne d'air me ramène doucement vers le décollage où je vois les autres qui commencent à s'activer. Je suis 200m au dessus quand les premiers décollent, et çà monte toujours.Le temps qu'ils aillent chercher le thermique au milieu de la vallée et qu'ils remontent je suis sûr d'être tranquille pendant au moins une heure. Il commence à faire un peu frais, je baisse mes manches et je les boutonnent. J'enchaine les 360 depuis un bon bout de temps maintenant, dessous le paysage à changé, je distingue encore les ailes au décollage et les villages, mais vu d’où je suis, le relief a complètement disparu. On distingue bien les prés et les forêts, mais tout a l'air d'être plat et lisse.Les Vosges ont disparu, je suis au dessus d'une immense plaine, j' ai l'impression qu'en y regardant attentivement je pourrais distinguer la tour Eiffel, çà doit être les premiers effets du manque d’oxygène.

Mais je ne vais pas rester seul longtemps parce que deux planeurs viennent droit sur moi et se mettent à me tourner autour à quelques dizaines de mètres. Je suis au centre, je tourne assez serré et eux tournent un peu plus large. J'en prends un en ligne de mire et j'ajuste mon virage pour l'avoir continuellement juste devant moi, de profil. Je pourrais presque voir la couleur des yeux du pilote et du copilote. Je les vois tout les deux dans leur bulle de plexi, on se fait des signes de la main. Ça doit leur faire bizarre de rencontrer un type tout seul, en chemise d'été, à 3000m.Ils s'éloignent bientôt, et je profite de ce moment de solitude pour pousser encore un peu. Je finis par me retrouver en plein brouillard, dans le cumulus qui couronne MON thermique. J'y reste un moment et puis je tire la barre pour en ressortir par dessous. Et là c'est le flash. Le fait de passer du brouillard très dense auquel les yeux se sont habitués au plein soleil fait exactement le même effet qu'un flash qu'on prendrait en pleine figure.C'est tout le paysage qui me saute en pleine figure. Les autres arrivent finalement par en dessous, alors je m'amuse encore un peu avec MON nuage et je leur abandonne MON thermique. J’arrête de tourner et je prends une direction, jusqu'à ce que je sorte de la colonne d'air chaud pour replonger dans la civilisation.

C'était ma première visite à l'intérieur d'un nuage et j'y retourne souvent depuis.

samedi 5 juillet 2014

28- Vol libre suite.

A partir de là je passais presque tout mon temps libre à çà, et même une partie de mon temps "occupé", quand je quittais le boulot avant l'heure ou que je désertais, les après midis où les conditions météo semblaient très favorables. D'ailleurs je n'ai presque plus de souvenirs de mon travail à cette époque là, mais comme je continuais à gagner ma vie, je suppose que je continuais aussi à travailler.

Des vols, il y en a eu des centaines, dans toutes les conditions, hiver comme été. Avec quelques autres du club on se servait, dans ce bon pot rempli de sensations nouvelles, de plaisirs nouveaux, de rêves, de nature, de liberté, d'euphorie.....et on se servait à la louche. On c'était des gars d'un peu partout, mais la majorité venait de la vallée. Un facteur, des ouvriers textile, des mineurs, des chômeurs, des ingénieurs, des chefs d'entreprises, un vétérinaire, des bucherons, et même un de mes anciens professeurs. Je suis encore étonné de voir que dans les villages les plus reculés de la vallée des gens avaient, un jour, pris goût au vol-libre. Des gens qui, apparemment n'étaient pas prédisposés à çà, certains n'avaient même jamais pris l'avion, et voilà que ces gens, et pas que des jeunes, le plus vieux avait 60 ans, se mettent à voler dans tout les sens.Dans les vallées voisines, çà n'a pas créé le même engouement, pourtant logiquement on aurait dût trouver la même proportion de pestiférés.

Des gens s'étaient donc mis à voler, spontanément, c'est pas leurs parents qui les avaient poussés, ni leurs grands parents, ni les autres d'avant, tout ceux-là n'avaient jamais quitté le sol même pour quelques secondes, quelques-uns ont dû prendre l'avion une fois dans leur vie, avec leur beau costume et leur valise, pour aller à Lourdes ou aux Baléares avec la "classe", ou grimper dans un manège à la Kilbe du village, mais ils étaient passés du plancher des vaches au plancher de l'avion. Courir sur les chaumes avec un bout de tissu tendu sur quelques tubes, voler jusqu'en bas et atterrir sur le pré de Sèppi, çà personne n'avait même osé l'imaginer.

Pourtant, en quelques mois, après des millénaires posés sur leurs deux jambes, certains d'entre-eux s'étaient mis à voler par leurs propres moyens. Peut-être qu'une combinaison de gènes rendait le vol possible pour certains,(parfois plusieurs dans la même famille) et que d'autres combinaisons le rendait impossible chez d'autres. Peut-être que certains volaient dans leurs rêves, comme moi, un rêve familier et assez fréquent, depuis tout jeune, quand j'étais enfin arrivé à transformer mes rêves de chute en vols planés, puis en vols ascendants en battant des bras, pour échapper à des méchants....,ou simplement par plaisir. En tout cas il y a partout dans tous les groupes humains des gens aptes au vol comme d'autres sont aptes à devenir marins sans jamais avoir vu la mer.

Et pour du vol, c'était du vol, face au sol, suspendu à un endroit stratégique de l'aile par quelques ficelles, ce qui permettait, en déplaçant son corps par l'action des bras sur un tube horizontal, la barre de contrôle, de monter, descendre, ou tourner. Aucun mécanisme compliqué, juste le déplacement d'un corps par rapport à son aile.On était dans nos habits de tout les jours, fondus dans la masse, et il suffisait d'enfiler un harnais et de s'accrocher, pour devenir un oiseau. Comme instruments, un variomètre pour savoir si on est en train de monter ou de descendre,et qui se met à biper de plus en plus vite quand on monte de plus en plus vite, un altimètre et un téléphone, ou plutôt quelques pièces de monnaie pour pouvoir téléphoner de l'éventuelle cabine la plus proche de notre atterrissage. On était dans notre environnement habituel, on connaissait ces lacs, ces maisons, ces villages, nos bistros, nos voitures, mais on les voyait sous un angle nouveau.

Pendant les premiers vol, en fait, on regardait pas trop en bas, à la verticale, même si en bas c'était juste devant nous, on préférait regarder en avant en relevant la tête, parce que dessous çà faisait quand-même haut et qu'il n' y avait plus que ce petit bout de tube entre nous et le sol. Avoir confiance dans son aile çà s'apprend, avoir confiance dans l'unique mousqueton qui nous retient à la vie, çà s'apprend, au début on en aurait bien mis quatre, au cas où les trois premiers lâcheraient, et puis au fil du temps on oublie tout çà, on fait corps avec l' aile, on était un homme accroché sous une aile et on devient un oiseau, ou du moins un espèce d'hybride mal foutu d'oiseau, mais c'est déjà çà. C'est sûr que quand il nous arrivait de prendre une ascendance avec une ou deux buses, on comprenait vite qu'il restait quelques progrès à faire.

jeudi 3 juillet 2014

27- Vol libre.

On s'adapte à nos nouvelles ailes, mais on se sent très à l'étroit sur cette petite pente école, qui nous paraissait si grande au début. On se procure donc deux harnais pour le vol couché et des parachutes de secours. On connait personne dans le milieu du vol libre sauf mon compagnon de voyage et le fabricant d'ailes qui nous fournit en matériel.

On décide donc qu'on est prêts pour le premier grand vol. On se pointe un jour au décollage du 300m sur une petite crête entre Felering et Oderen. C'est un site de décollage qui a été aménagé par le club local. Il y a deux tremplins tout neufs, un vers le nord, très raide et un vers le sud-est. Quand on arrive sur place il y a déjà du monde, cinq ou six personnes dont un prêt à décoller accroché à son aile, sur un des tremplins. Tout le monde à l'air d'attendre quelque chose. Après avoir salué ces gens, on prépare nos ailes rapidement et on enfile nos harnais. On comprend pas trop ce qui se passe, le gars se lève prêt à s'élancer et puis il repose son aile. Ça traine comme çà pendant plus d'une heure et finalement le gars se décroche descend du tremplin avec son aile.

Nous, on est un peu en retrait mais, dés que la voie est libre, je m'accroche, je monte sur le tremplin et je cours autant que je peux, suivi immédiatement par Fredo. J'avais bien vu que le vent était presque nul, voir légèrement arrière, mais sur notre pente école on avait fait bien pire.

Pour notre premier grand vol on avait décidé de rester debout sous l'aile, en appliquant le principe de: "une seule nouveauté à la fois". La nouveauté c'était de se retrouver avec 300m d'air sous l'aile. Pour le vol couché on verra plus tard.

Le vol se passe bien, l'atterrissage est acceptable, le terrain est immense, il aurait fallu le faire exprès pour le rater. On est assez fiers de nous, on commence à replier le matériel quand on voit arriver plusieurs voitures avec à bord les gars qui étaient au décollage.Ils avaient bien vu qu'on restait debout et que notre vol n'était pas très stable, ils en avait déduit qu'on devait en être à nos tout premiers vol, et ce qui au décollage leur était apparu comme deux pilotes habitués aux conditions un peu limites, c'est très vite transformé en:" mais ils sont fous ces deux là, on décolle pas dans ces conditions là, surtout quand on débute". On a eu droit à une première salve de reproches, suivie d'une seconde quand ils ont appris que c'était notre premier vol.

Concrètement çà donnait un peu près çà:

-Mais vous venez d'où?

-De par là, Thann, Soultz.

-Et vous avez appris où?

-Ben la haut sur la pente école.

-Avec qui?

-Au début c'est Pierre qui venait.

-Mais Pierre c'est pas un instructeur!!!!

-Oui mais çà s'appelle pas vol-libre ce truc.

Après avoir essuyé la troisième salve, on est tous allé boire un coup chez Anna à Wildenstein. C'est comme çà qu'on a fait connaissance avec les Éperviers du Treh.

Dans les mois qui suivirent on a très vite commencé à faire des 700m, toujours en simple surface, jusqu'à ce que je décolle un jour de vent assez soutenu et que je me rende compte une fois en l'air que j'allais certainement avoir quelques problèmes pour rejoindre l'atterro, au milieu de la vallée. J'étais le seul simple surface en l'air ce jour là, tout les autres avaient des ailes plus performantes, donc après m'être fait secouer un moment je décide d'aller me poser au sommet d'une grande congère de neige tout près de la ferme auberge à gauche du décollage. Je calcule assez mal mon coup, en fait je calcule rien du tout, et en faisant mon approche je passe derrière la crête et je m'enfonce d'un seul coup. Je fini par atterrir dans la congère, dix mètres sous la crête. Spectaculaire, mais pas trop de dégâts. Je vois des gens courir vers moi, mais j'arrive à m'extraire tout seul de la neige et j'envoie mon casque sur la crête en jurant. Tout le monde est rassuré.

Pour moi il était temps de passer à la double surface, un "Vampire" d'occasion de chez Pacific Wings.

mercredi 2 juillet 2014

26- Retour au bercail.

EH OUI !!! Me revoilà en Alsace, 1983, la fin du socialisme. Je rencontre la future mère de ma future fille ( eh oui c'est à ton tour), mais je n'en sais encore rien. Elle m'aide à déménager les dernières affaires de Céret.

Début de l'histoire: je suis de retour depuis quelques mois, je travaille sur des chantier dans l'est de la France, Epinal, Remiremont,.... je suis toujours à mon compte et quand je ne suis pas en déplacement je loge à gauche et à droite, chez des amis, chez ma grand-mère. Un soir le couple d'amis chez qui j'étais souvent est invité à diner chez une copine à Mulhouse et me propose de les y accompagner. Après les refus et les politesses d'usage, on y va tous les trois. Ça se passe dans un petit appartement rue du chanoine Cétty. J'ai jamais aimé la ville mais on passe une soirée agréable et notre hôte a un regard bleu et pas farouche. C'est samedi soir et je m'invite pour prendre un café le lundi midi. Je me présente à l'heure dite avec sous le bras un 33 tours de Bill Deraime. Très vite c'est la bousculade et je me retrouve à moitié nu sur son lit avant la fin du premier morceau. Je suis assez content de moi, j'imaginais pas qu'elle aimait autant le blues Français.

Une nouvelle relation s'installe, facile, agréable, on s'appelle quand on a envie de se voir, mais quand on s'appelle on s’arrange pour être disponible. On se voit en général le mardi soir et le samedi soir, elle est instit et elle prend son boulot au sérieux. Elle est active syndicalement et politiquement, très à gauche, ce qui est primordial pour ma libido, mais elle a une rivale très jalouse et exigeante.... depuis mon départ dans le sud un nouveau sport est apparu dans la vallée de Thann.... j'ai nommé: le vol-libre ou delta plane. Impossible pour moi de passer à coté de çà, mais le vol libre c'est comme le poulet rôti, c'est l'aile ou la cuisse. Heureusement on volait très peu la nuit.

A mon retour je renoue les anciens contacts, en particulier avec un de mes compagnons de voyage dans le Sahara. Il est bucheron, habite tout au fond de la vallée de Thann, et c'est mis au vol-libre depuis quelques mois. Pour moi çà ne fait aucun doute..... je veux faire ÇA. Il me trouve une vieille aile, une Hirondelle, un des tout premier modèle d'aile, en forme de delta, très pointue avec deux demis-cônes de tissus. On se donne rendez-vous au sommet du Treh, sur la pente école et il commence à nous former au vol libre, le soir après le boulot. Nous, c'est moi et Fredo un ami motard et collègue de travail occasionnel. On commence à apprendre avec assiduité et persévérance. On est très vite livrés à nous même parce qu'au bout de trois séances notre instructeur nous abandonne à notre sort. Mais on ne lâche pas l'affaire et presque chaque soir dés 17 h on déploie notre belle aile orange et on s'élance de plus en plus haut. Quand on plie quelque chose on redresse sur place à coups de maillet, quand on casse, on répare dés le lendemain, on manchonne, on met des rivets, des bouts de ficelle et on repart.

C'est un sport qui vous attrape dés les premières minutes, quand après avoir couru dans la pente on se sent soulevé et porté par cet espèce de cerf-volant. C'est déjà la réalisation du vieux rêve de l'homme oiseau, même si on est qu'a 20 cm du sol. On est en novembre, il fait nuit très tôt, il y a parfois du brouillard, alors on fait un feu sur la zone atterrissage pour se repérer. Et on progresse, on monte de plus en plus haut sur la pente pour s'élancer, après quelques semaines on s'élance de tout en haut de la pente école, on fait des virages, on se pose en général avec dignité..... et on commence à se sentir à l'étroit sur cette petite piste. Pour passer d'un vol de 50 m à un vol de 300m il nous faut d'abord changer d'aile.

On se trouve deux ailes d'occasion, des simple-surfaces, c'est à dire une seule toile tendue sur une armature, mais déjà avec une forme de vraie aile, des Lancers. On retourne sur la pente école et on s'élance de tout en haut, mais là c'est plus du tout la même histoire, c'est plus du vol plané, c'est du vrai vol et on se retrouve à trente mètres au dessus de l'endroit où on était censé atterrir. Panique à bord, je fait quoi??? si je quitte la crête je part dans la vallée de Thann ou dans celle de Guebwiller, il commence à faire nuit et j'ai aucune idée des atterrissages possibles dans ces vallées, alors j'essaye de ne pas me faire embarquer par le vent et je vais me poser 300m plus loin au bord de la route. Ce coup ci çà rigole plus, on a changé de registre.

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