Ravach'Ol

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mardi 1 juillet 2014

25- Le sud 2ème tentative.

Après avoir fait grimper le taux de chômage de Céret de 1% en moins d'une heure, nous voilà donc à pied d’œuvre, sans travail, bientôt sans argent, dans une région où on ne connait presque personne. Du travail on en retrouve très vite, ma copine à la poste, notre colocataire dans un petit restaurant tunisien, moi dans la même entreprise mais en CDD cette fois.Après un CDD de trois mois j'ai droit à 12 mois d' ASSEDIC...., ou je peux prendre l'équivalent des douze mois d’indemnités d'un coup et créer une entreprise. Me voilà donc artisan et je travaille maintenant pour plusieurs entreprises d'ascenseurs de la région sud ouest.

Pendant les années qui suivent, je découvre (ou on découvre, quand ma copine est disponible), suivant les chantiers, Toulouse, Carcassonne, Albi, Perpignan,etc.... On fréquente les gites et parfois les hôtels ou pension de familles pour des durées de 3 à 4 semaines chaque fois. On commence à se faire des amis, et on passe nos loisirs à visiter la région. on prend de nouvelles habitudes, le marché à Figueras en Espagne, 2 ou 3 fois par mois, les randonnées dans le massif du Canigou, les parties de pèche de nuit au cap Béart, le ski de fond en Ariège.

Parfois on va rejoindre des amis qui ont achetés une maison dans un petit village de montagne, du coté Espagnol des Pyrénées, au confins de la Catalogne et de l'Aragon. Du coté Espagnol la montagne n'a plus du tout le même visage. C'est plus sec, il y a moins de forêt, plus de cailloux, c'est beaucoup moins peuplé. On accède au village par une longue piste de terre, les maisons sont serrées les unes contre les autres, toutes en pierre, beaucoup ne sont plus habitées. Des deux cents personnes qui vivaient là il y a 80 ans, il n'en reste plus que 40. La première ville est loin d'ici. Comme dans les Corbières, les distances ne se mesurent pas en kilomètres mais en temps, il faut une heure pour Lles, deux pour Andorre, quatre pour Barcelone. On pêche la truite dans les torrents, les gens d'ici pêchent très peu, donc pour nous c'est truite à tous les repas, en tout cas les premiers jours. On cueille des champignons, on ramasse une petite chicorée sauvage, qui ressemble à une étoile dans les pâturages d'altitude. Les voisins nous fournissent en œufs, saucissons, jambon, gibier, pain. Quand les Français sont là il n'y a plus de chiens dans les ruelles, ils sont tous chez nous, six ou huit chiens, couchés près du feu, sous la table de la grande salle à manger ou sur le vieux canapé, y en a même un qui monte la garde à la porte. D' habitude ils n'ont pas accès à l'intérieur des maison, alors quand on est là ils se payent du bon temps. Ils savent rester très discrets et respectueux, ils attendent l'heure du repas, patiemment. Leurs propriétaires sont moins patients eux, chaque fois qu'ils ont besoin de leurs chiens ils sont obligés de venir frapper à notre porte, ce qui fait instantanément disparaitre la meute sous les meubles, dans les placards ouvert, derrière le canapé. Ils ont aussi tendance à devenir subitement sourds, ce qui force leurs propriétaires à hurler pour se faire comprendre. Alors on sort les verres et la bouteille, et les choses se calment. C'est un endroit plutôt masculin, ici, entretien approximatif, rangement aléatoire, vaisselle expéditive, lessive occasionnelle, hygiène corporelle rare mais intense, tout ce qu'il faut pour qu'on s'y sente bien.

On s'organise dans l'appartement aussi, à Céret. Elle a ses chats du coté cuisine chambre, moi j'installe des perruches et un petit perroquet dans le grand salon et je fabrique une demi cage qui s'ajuste sur la fenêtre et qui sort au dessus de la rue. J'installe des perchoirs aux endroits stratégiques de la pièce et avec les meubles en rotin, les plantes vertes et les oiseaux en liberté,plus la douceur du climat je m'imagine sous les tropiques.

On se sent bien sous ce climat. Pas d'hiver, en tout cas pour nous Alsaciens, juste un petit radiateur électrique pour tout l'appartement, des repas de noël sur la terrasse, les premiers amandiers en fleur dès le 20 janvier, les premières cerises en mai. La saison la plus dure c'est l'été, du 1er juillet au 15 aout, d'abord pour la chaleur parfois étouffante et surtout à cause du déferlement de touriste qui rendent les déplacements très difficiles, et les baignades en mer impossibles. Fait rien, il nous reste les rivières et les lacs de montagne.

Un de mes endroits préférés, c'était les mines de Batère, bien au dessus de Corsavy, au bout de la route 43, dans le massif du Canigou. C'est une montagne de fer, exploitée depuis le début de l'age du fer, d'abord par le sommet avec des fouilles à ciel ouvert encore visibles, puis au fil des siècles de plus en plus bas par des galeries horizontales à flanc de montagne. Tout les batiments qui servaient de logement aux ouvriers ont été abandonnés dans les années 60, et en 80 il n'y avait plus que les galeries les plus basses qui étaient encore vaguement exploitées. Je crois que c'est ce mélange de nature sauvage, d'histoire millénaire,et de friche industrielle qui me plait bien.

Cette montagne est citée dans le livre "courrier sud" de St Exupéry. Entre les deux guerres les avions de l'aéropostale qui assuraient la liaison Toulouse Dakar n'étaient pas assez puissants pour traverser les Pyrénées, ils étaient donc obligés, au départ de Toulouse, de longer les montagnes, de contourner le Canigou, et de prendre le col du Perthus. Ils passaient donc juste au dessus de cette montagne de fer qui pendant quelques minutes affolait les compas des avions. C'est aussi une montagne qui attire la foudre par temps d'orage, vaut mieux aller camper un peu plus loin.

Comme à chaque fois je ne me voyais pas faire ce métier tout le temps, et a force de zoner dans la montagne, on a fini par rencontrer un jeune couple installé tout en haut du Vallespir, au dessus de la station thermale de La Preste, au bout de la route. Ils produisaient du fromage de chèvre, du miel, et des plantes aromatiques. Ils vivaient dans une petite ferme avec leurs deux enfants et leur troupeau, et vendaient presque toute leur production aux curistes de la station.

Leur problème, comme chez beaucoup d'éleveurs, c'est qu'ils ne pouvaient jamais quitter leur ferme pour plus d'une journée. Ils auraient donc bien aimé qu'un autre couple vienne s'installer près de chez eux. En remontant plus haut dans la montagne il y avait une autre ferme, en ruine celle là, avec huit hectares de pâture et de forêt et un ruisseau en contre bas. Je me suis emballé une fois de plus, c'était un bel endroit, ouvert, complètement à l'écart, plein sud, à 1400m, juste sous le massif de la Costabonne qui devenait mauve à chaque coucher de soleil.

Mais cette fois là, j'ai très vite compris que malgré tout mes efforts, et je sais être très persuasif quand il le faut ( j'en vois une qui rigole), elle ne me suivrait pas. On n'avait pas dû prendre la même direction au dernier carrefour.

On est resté encore quelques mois ensemble, et on a fini par remonter en Alsace chacun de son coté.

J'ai quitté ce pays avec regret, mais, le jour du départ définitif, je sentais que j'y reviendrais un jour ou l'autre.

Notre colocataire, elle, est resté là-bas, et a fini par se marier avec le patron du restaurant. Peut-être qu'elle y est toujours.

vendredi 27 juin 2014

24- Les filles

De retour d'Arabie je commence par prendre tous mes congés et récup, en plein hiver, un hiver doux et orageux cette année là, et je reprend contact avec mes potes. En deux mois je dépense presque tout ce que j'ai gagné et je commence à fréquenter une jolie brune acajou, qui est aussi occupée ailleurs, ce qui me convient assez. Pour çà aussi c'était le bon temps, pas de Sida, la pilule en super marché, ou presque, des filles qui avaient appris très tôt à gérer les susceptibilités des garçons et tout çà fonctionnait plutôt pas mal.

C'est l'age du grand mélangement, juste avant celui des premiers projets. Nos projets à nous c'était plus de partir aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande ou en Ardèche que de se marier et de fonder une famille. Vu d'ici, d'aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir fait partie d'une génération spontanée de jeunes arrivés de nulle part et de partout, avec des idées qui ne leur avait pas été transmises par leurs parents, des projets qui étaient l'opposé de ceux de leurs parents.

De partout, dans touts les pays, au même moment, un nouveau look, une autre façon de vivre, de nouvelles idées, une nouvelle musique, de nouveaux combats. "On s'est battu pour pas devenir ce qu'on est devenu" comme disait l'autre. Tous ne se sont pas laissés avoir, beaucoup ont résistés, ont vécu leurs rêves et continuent à les vivre.... un peu moins vite à cause de leurs rhumatismes ou de leur foie. Mais les autres ont des rêves tout à fait différents, des rêves de pureté, de sécurité, de protection, de confort, de réussite, de pognon.... des cauchemars de cerveaux éteints.

Mais revenons en aux rêves, ne nous laissons pas contaminer, je disait donc: les filles. Je revois aussi un ami motard avec qui j'ai fait beaucoup de virées, mais cette fois il est accompagné d'une jolie blonde en 750 Suzuki. Mariée, pour voir comment c'était la robe blanche, la mairie, la noce,disait-elle, et dont le mari était parti très vite vivre d'autres aventures, et elle aussi visiblement. Les phéromones agissent très vite, et,après une période d'échanges entre nous quatre, je finis par fréquenter la jolie blonde plus assidument, sans parler du coté pratique, les filles qui avaient le permis et la moto étaient très rares, même à l'époque. On pouvait voyager avec chacun ses bagages et donc dans de bonnes conditions. Après quelques mois de virées communes à travers la France et l' Europe, on se retrouve un jour chez des amis à elle qui habitent à Céret dans les Pyrénées-orientales. C'était en septembre, la fin des vacances, dans trois jours on reprend le boulot.

En visitant la ville, on passe devant une petite boutique de meubles et bazar asiatique devant lequel on s’arrête un moment. Sur la vitrine je remarque une annonce: "Appartement à louer, trois pièces, 900 F/mois. On continue notre promenade et après 50 mètres je prend ma copine par le bras, on fait demi-tour, on rentre dans la boutique et je demande à visiter l'appartement. C'est au deuxième et dernier, c'est grand, çà donne devant sur la rue et derrière sur une petite cour intérieure. Je lui demande si çà lui plait, elle réfléchit un instant, et me dit:"allez on y va". On fait un chèque pour la caution, et nous voilà locataires.

On retourne en Alsace et le lundi matin, on donne tous les deux nos préavis, à nos patrons respectifs, et on commence à mettre nos familles au courant. On doit paraitre très déterminés parce que très vite tout le monde se fait une raison, même ma grand-mère.

Je trouve un petit camion pour le déménagement qui s'avère être beaucoup trop grand pour nos quelques affaires. Une voisine venait régulièrement boire le café chez ma copine et quelques jours avant notre départ je lui dis, en plaisantant, qu'il y aurait largement assez de place pour ses meubles dans le camion. Le lendemain elle nous téléphone pour nous dire qu'elle part avec nous.

On débarque donc à trois à Céret, rue Saint-Féréol, avec armes et bagages. On est le premier novembre, il fait beau, il fait bon, on est jeunes et heureux. La voisine s'installe dans une chambre, nous dans l'autre. C'est une petite ville paisible et agréable, à l'abri de la Tramontane, tout près de l'Espagne au sud, de la mer à l'est, de la montagne à l'ouest et de Perpignan au nord.

Par contre on a plus de travail, alors le lundi matin on débarque tous les trois à l' ANPE. On est les premiers dans la salle d'attente, un conseiller va nous recevoir. J'y vais le premier, on sourit déjà.

- Vous habitez où?

-61 rue St-Féréol

-Vous avez travaillé dans quoi?

- Électromécanique jusqu'à vendredi soir, dernier.

-Quelle entreprise?

-Schindler Mulhouse.

-Vous voulez dire Mulhouse la haut dans le nord?

-Non dans l'est.

-Oui bon je me comprend,.....quel type de contrat?

-CDI.

-Attendez, si je comprends bien, vous avez quitté un emploi stable et bien payé dans le nord.....

-Dans l'est.

Bizarrement, c'est à ce moment là qu'il est parti dans les tours, et j'ai donc eu droit à un cours de morale du genre:

-Ici c'est une région sinistrée point de vue emploi, si tout le monde faisait comme vous...etc...etc....

Et plus tard:

-Pourquoi êtes vous venu dans cette région, vous y avez de la famille?

-Non pas du tout, c'est pour le climat, le soleil, la mer......

La discussion s'est arrêtée là, il m'a raccompagné à la porte du bureau en se disant: "encore une journée qui commence mal". Il ne s'attendait pas à ce moment là à enregistrer deux autres dossiers identiques. Quand il en eu fini avec nous trois, la première question qu'il a posé à la personne suivante, avant même de la faire entrer dans son bureau a été: "et vous, vous êtes avec eux??". Un métier pas toujours facile et un salaire plus que mérité, ce jour là.

dimanche 22 juin 2014

23- Arabie-Saoudite suite et fin.

La vie au chantier se passait bien, mon coéquipier était un Portugais un peu plus vieux que moi, et qui avait fait la guerre d'Angola pendant ses deux ans de service militaire. Ça l'avait marqué un peu, quand même, cette guerre et il y faisait souvent allusion, mais il ne pouvait pas encore en parler vraiment. Il habitait maintenant dans la banlieue de Paris avec femme et enfants et parlait un français sans accent comme beaucoup de Portugais. Ce qui l'attirait ici, comme ses collègues, s'était avant tout le salaire, le triple du salaire français. Certains autres venaient pour changer de vie, pour oublier, pour recommencer autrement, mais c'était des plus vieux, quarante-cinquante ans et ils avait droit, en bonus, à une cure de désintoxication gratuite, vu que l'alcool était complètement introuvable ici. Il y a quelques années encore c'était les routiers européens ou Turcs qui assuraient l’approvisionnement du marché noir de l'alcool mais les contrôles à la frontière étaient devenus trop sévères et les risques trop grands, résultat, plus une goutte.

Par contre du gas-oil il y en avait.Dans les stations les pompiste laissaient déborder les réservoirs, genre: "ici on est bien servi" et au chantier quand il y avait trop de poussière, un camion aspergeait toutes les pistes avec du mazout qui, avec la poussière et le soleil, faisait une croute solide qui résistait plusieurs jours au passage des engins.

Dans le marché de la vieille ville on trouvait de tout, fruits, légumes, viande et même de l' herbe. C'est pas de l'herbe à fumer dont je parle, mais de la belle herbe verte courte et grasse, posée sur une toile, en tas, avec juste derrière un homme debout les bras croisés. J' aurais été moins étonné si çà avait été du cannabis. C'était juste de l'herbe avec des fleurs sauvages comme chez nous au printemps. Mais qui avait bien pu trouver de l'herbe en plein désert, çà fait des mois qu'il n'est pas tombé une goutte de pluie, il n'y a pas une seule rivière ni même un ruisseau à 1000 Km à la ronde.

L'été les Saoudiens dormaient dans les parcs ou le long des avenues, sous les palmiers ou dans les rares espaces verts. Ils garaient leurs grosses voitures Américaines, faisaient trois pas, déroulaient leurs tapis et passaient la nuit en plein air, en pleine ville.

Un jour de septembre mes collègues me proposent une sortie dans le désert, un vendredi, jour férié. Ils me proposent une journée baignade, à trois heures de voiture vers le sud. Sur le coup j'y croyais pas trop, trouver un lac d'eau douce en plein désert, en plein été, je ne demandais qu'à voir. Et nous voilà partis à cinq ou six, de bon matin, direction nulle part. D'abord la route, puis la piste, très peu de végétation, parfois quelques chèvre et des chameaux en liberté autour d'une grande tente de bédouins et sa grosse voiture Américaine garée juste à coté. Au loin je commence à distinguer une falaise claire qu'on fini par atteindre, et au pied de la falaise un trou en forme de grande porte cochère naturelle. On gare la voiture près de quelques autres et on s'approche, au début on y voit pas grand chose, mais on entend au fond tout en bas d'une pente à 45°, des bruits de baignades.On commence à descendre sur un sentier en zigzag, et on fini par distinguer cent mètres plus bas,entre des blocs de pierres, un lac souterrain. Il fait frais, après les 45° à l'ombre d'un désert sans ombre, et l'eau est transparente avec des reflets verts. On passe la journée là avec des adultes et des enfants qui se baignent et qui font les fous comme dans toutes les piscines, sauf que celle-là est sous terre et qu'en regardant en haut on voit juste un ovale de lumière qui nous éclaire.

Quelques semaines plus tard nouvelle expédition, mais vers la mer cette fois. On a le choix entre la mer rouge à Djeddah ou le golfe Persique à Dhahran. On choisi le golfe et après plusieurs heures de voiture on arrive sur une plage déserte à part quelques pêcheur Cambodgiens. La mer est immobile, pas un brun de vent, l'eau est chaude comme de la soupe et le fond est couvert d'algues qui nous arrivent aux genoux. On essaye de marcher vers le large pour trouver un peu d'eau plus fraiche, mais après cent mètres on a toujours qu'un mètre d'eau, alors on renonce. Les seuls bruit qu'on entend c'est des bruits très sourds et très lointains d'explosions qui sont répercutés par la mer. A cent km de la c'est la bataille de Bassorah entre les Irakiens et les Iraniens.

Au fil des mois la température devient plus supportable. L'hiver est même agréable, frais la nuit, chaud le jour mais toujours pas une goutte de pluie.C'est aussi la période des vents de sable qui soulèvent un brouillard sec et jaunâtre qui pénètre partout. C'est là qu'on se dit que le chèche quand même ........

samedi 21 juin 2014

22- Arabie-Saoudite.

Mon brevet de pilote, je l'aurai jamais. Quelques jours plus tard je passe au bureau de l'entreprise et, par hasard en consultant les panneaux de notes de service, dans le vague espoir d'y trouver une amorce de projet de début de lutte syndicale, je lis que la direction générale à Paris cherche des volontaires pour partir en Arabie-Saoudite. Je réfléchis...... 3 secondes et je vais voir le chef de service pour me porter volontaire. D'abord refus de sa part, on a besoin de nos ouvriers, Paris n'a qu'a se débrouiller sans nous, mais j'insiste et je finis par remplir le formulaire de candidature." Bon ouvrier, mais totalement ingérable"...c'est la remarque qui a dû apparaitre dans mon dossier ce jour là. Faut-dire qu'entre les demandes de congés sans solde intempestives, les coups de téléphones de dernière minute pour dire que je ne reprendrais que mercredi au lieu de lundi parce que j'étais coincé en Italie ou en Angleterre et quelques autres mauvais plans, j'en était pas à mon coup d’essai. J'en ai déduit plus tard que, si ils m'ont gardé, je devais même être très bon dans le métier. L' Arabie-Saoudite pour ma grand-mère? ....."mais c'est où encore ce pays, ma votto far'me morire fiolo ???" J' aurais pu tenter, pour l'aider à situer, une explication du genre:" c'est vers l’Éthiopie, où mussolini (ne mérite pas de majuscule) avait envoyé son armée pour envahir l'Afrique, et qu'y en a que la moitié qui sont revenus" mais je ne pense pas que çà l'aurait rassuré.

Je partais donc quelques semaines plus tard, avec des collègues de Paris, Toulouse, Nice etc. On débarque à Riyad, au milieu de la péninsule Arabique et donc au milieu du désert arabique. C'était un soir du mois d'aout. En descendant de l'avion par la passerelle qui était juste derrière les moteurs je me suis d'abord dit qu'ils n'avaient sans doute pas encore coupé complètement les réacteurs, et que cette chaleur étouffante allait disparaitre en s'éloignant de l'avion.....ben non, c'était partout comme çà. Dans la voiture qui nous amène au chantier, mon premier réflexe est d'ouvrir la vitre, mais on m'explique que même à cinq dans une berline on a moins chaud avec les vitres fermées et qu'en plus on a moins de poussière.

On loge sur le chantier même, dans des petits immeubles en béton qui serviront plus tard de logement au personnel de l'immense hôpital qui est en train d'être construit. Sur ce chantier un peu à l'écart de la ville on a tout, logements, sanitaires, foyer (sans alcool), réfectoires, infirmerie et même une piscine. Les quatre ou cinq cents ouvriers qui travaillent là viennent de partout, Philippins, Pakistanais, Yemennites, Palestiniens, Indiens, Libanais, Européens, ..... pas d’israéliens, pas d'Iraniens c'est la guerre Irak-Iran, mais des Magrébins, et quelques Africains.

Çà parle dans toutes les langues, plus un mauvais Anglais pour essayer de se comprendre. Chaque groupe a ses trucs pour résister à la chaleur et à la poussière. Les Arabes s'enroulent dans leurs chèches, les Philippins se confectionnent d'immenses chapeaux dans des plaques de polystyrène ce qui leur permet d' être en permanence sous un mètre carré d'ombre, sauf quand le vent se lève, les Européens portent des chapeaux ou des casquettes par dessus un foulard qui leur couvre la nuque, comme le capitaine Haddock. On évite de rester peau nue au soleil, sauf les Portugais qui travaillent torse nu, on ne ramasse jamais un bout de ferraille main nues, même l'ombre qui nous précède quand on longe un bâtiment, tourne avant nous pour aller se mettre au frais en s'engouffrant dans la première porte ouverte. Mais le pire c'est la nuit dans ces bâtiments en béton qui restituent la chaleur pendant des heures, alors on prend nos draps et on les mouille sous la douche, on s'enroule dedans et on arrive à dormir deux heures....... et puis on recommence.

Les horaires de travail c'est 6h-11h 16h-19h. Le réfectoire c'est une grande salle à manger avec côte-à-côte deux batteries de cuisine; à gauche la cuisine Européenne avec sa spécialité, le steak fritte mayonnaise ketchup, et à droite la cuisine locale avec plein de plats Libanais, Irakiens, Pakistanais, à base de mouton, riz, salades diverses et variées, pois-chiche etc... Comme tout les Européens allaient dans la fille de gauche, les premiers jours je faisais comme eux, et puis un jour j'ai pris la file de droite et je suis plus jamais retourné à gauche.

La ville était à quelques kilomètres et on y allait une fois par semaine.Dans la ville moderne c'était la foule les lumières les avenues larges avec des voitures partout des restaurants et des magasins par centaines avec des stock impressionnants de bijoux, matériels hi-fi, photos etc qui n'étaient parfois pas encore disponible chez nous et un peu à l'écart commençait la vieille ville, avec des ruelles sombres et tortueuses en terre battue, des boutiques mal éclairées, très peu de voitures et encore moins d'étrangers. Dans les restaurants de la vieille ville qui étaient parfois en sous sol pour la fraicheur, on s'asseyait parterre sur des tapis et on nous servait des plats uniques, qu'on posait au milieu du cercle de clients et chacun se servait dans le plat, à même le sol, et de la main droite se confectionnait une boulette de riz ou de semoule et de viande et une fois la boulette bien serrée se la jetait dans la bouche en essayant d'éviter de se toucher les lèvres avec la main. Au début on était assez maladroits mais comme la salle était très mal éclairée on arrivait à sauver les apparences.

Dans d'autres boutiques il y avait des genres de lit, parfois superposés, ou les hommes s’allongeaient dans l'obscurité. Peut-être des gites, pour les pauvres ou les gens de passage. C'est aussi dans la vieille ville qu'on voyait les Bédouins en habits traditionnels, avec le couteau à la ceinture.

samedi 7 juin 2014

21- L'aventure

De retour d'Afrique je reprend un peu ma vie ordinaire.Mon chef m'envoie installer un monte-charges dans un village perdu des Vosges.C'est une maison de convalescence, on loge dans une pension de famille d'un autre âge, on ne redescend que le vendredi soir. On, c'est moi et mon aide sur une machine, et sur la machine d'à coté c'est Eric et son aide. On loge tous là-haut pour quelques mois. Eric à 4ans de plus que moi, des cheveux blonds jusqu'au milieu du dos, une barbe blonde jusqu'au milieu du ventre, et une Guzzi California. J'aime bien mon boulot, on est autonomes, on fait tout, du charoyage au coup de balai final en passant par la mécanique, l'électricité, la mise en route et les réglages. Quand on part on a la satisfaction d'avoir installé une machine complète et qui fonctionne. Le chef passe une fois par semaine et quand il ne nous trouve pas au chantier il nous rejoint au café.Malgré les réprimandes et les menaces de renvoi, il finit par renoncer et au bout d'un moment nous rejoint directement au bistrot. C'était une époque ou la main d’œuvre était rare, et comme le boulot était fait dans les temps, valait mieux se faire une raison.Au bout d'un moment c'est même lui qui nous prévenait quand le directeur ou le chef de service était dans les parages.

Les premiers beaux jours étaient arrivés, suivis immédiatement par l'envie de vivre un peu autre choses. J'avais depuis un moment l'envie de passer mon brevet de pilote d'avions de tourisme et je commençais à en parler à Eric.....qui a trouvé l'idée géniale. On se rejoint donc le vendredi soir, avant même de rentrer chez nous à l'aérodrome de Colmar, pour prendre quelques renseignements et 20 minutes plus tard on se retrouve à 1000m au dessus de la Hardt, dans un vieux Dornier trois place, Victor Oscar, c'était son nom, et dans la cabine, celui qui allait devenir notre instructeur.L'imprévu, l'aventure étaient là à à peine 100m de notre trajet habituel, on venait en quelques minutes de sortir de la routine.On a suivi les cours avec assiduité, avec un vieil instructeur un peu bedonnant dont les rots sentaient la vieille prune après les repas. La cabine était toute petite ce qui nous permettait de tout partager.

Un après-midi où j'étais seul avec lui, j'en était à ma cinq ou sixième heure de vol, il me demande de poser l'avion, comme je le faisait d'habitude, mais cette fois il ouvre la verrière, sort sur l'aile ( une envie de pisser sans doute), et me crie:" tu fais trois tours de piste tout seul"......" nan mais attendez, je suis pas prêt, faut d'abord que"...." on s'en fout, vas y". En désespoir de cause, je préviens la tour de contrôle, et j'envoie la sauce. Mes trois premiers décollages et atterrissages. Il était resté au bord de la piste et me regardait tourner. C'est ce jour là que j'ai compris qu'il était fou.

Pour moi l'aventure c'est çà, elle peut être tout près, çà n'est pas forcément 20 000 lieues sous les mers ou la conquête de l'Everest, il suffit de la provoquer un peu et de se laisser prendre.

C'est sûr que pour des parents c'est pas facile, mais on sait aussi en mettant un enfant au monde que çà risque d'arriver, que çà va arriver, que sa doit arriver. On le sait à la naissance de l'enfant, mais c'est encore tellement loin qu'on fini par oublier, on se rassure, mais l'aventure ne vous a pas oublié, elle,et un jour elle est juste devant la porte et avec un petit clin d’œil, elle emmène votre fils ou votre fille, qui la suit, et qui de loin vous fait juste un signe du bras, presque sans se retourner......INGRATS.

Heureusement les parents sont programmés pour résister à ce genre d'épreuves, çà peut être le Bon Dieu, l' alcool, ou la télé à haute doses, mais çà vaut toujours mieux que de les empêcher de partir.

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