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Voyage

Nous sommes tous en ce moment dans un grand flou qui n’a rien d’artistique. Les frontières qui s’ouvrent et se referment, les incertitudes en tout genre, cette immense crise économique qui s »avance mais que personne ne veut voir, à laquelle personne ne veut croire et qui fera des dégâts bien plus considérables que la crise sanitaire, y compris en nombre de morts…..

Pour ma part je continue sur mon élan parce que j’ai beaucoup d’inertie, parce que je pense que c’est ça que je dois faire et parce que j’ai rien de mieux à faire pour l’instant. Je partirais quand tout sera prêt, nous partirons quand tout sera prêt, un, deux, trois, ou quatre bateaux, seul, à cinq, à dix, à vingt, avec ceux qui se sont déclaré partants et qui partirons, sans ceux qui se sont déclarés partant et qui ne partirons pas, avec ceux qui n’ont rien déclaré du tout et qui sauteront à bord au dernier moment…..bref c’est le début du grand chaos et à partir de là ça va être: Chacun va faire au mieux pour lui même et pour ceux dont il a la charge.

Faut juste éviter de se laisser guider par des mauvais sentiments, par la peur, par l’égoïsme, par la colère, ne pas s »affoler, gérer les problèmes les uns après les autres au moment où ils se présentent et le mieux possible.

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VOYAGE

Le beaupré.

Fallait bien, après le choix des hublots de poupe, trouver quelque chose dans le style pour la proue. Pourquoi pas un mât de beaupré, sur charnière bien sûr pour limiter les frais de port. La machine se remet en route pour ce nouveau projet, angles, longueurs, matériaux, fixations…..Je rassemble d’abord quelques espars qui trainaient par là, du bois, de l’alu…..et c’est le bois qui l’emporte, un beau mât en train de vieillir doucement sur un vieux bateau en bois, abandonné depuis de longues années et qui n’attend plus que la tronçonneuse pour en finir une bonne fois pour toutes de cette vie passée et qui ne reviendra plus pour lui. Comme un vautour affamé je m’attaque au beaupré, puis au guindeau, puis aux bômes à enrouleur d’un autre age, quelques pièces à gauche ou à droite, comme pour les vautours la frénésie s’empare de moi, voir toutes ces reliques partir au démolissage me rend triste et j’emporte tout ce que je peux emporter. Beaucoup trop bien sûr, mais certaines choses serviront peut-être à d’autres. Il suffit parfois de montrer de l’intérêt pour quelque chose pour que les gens s’y intéressent.

Sur ces photos le mât n’est pas dans sa position définitive, il doit venir un peu plus à l’horizontale mais à moins de découper le toit du conténaire….

Je prépare donc une belle charnière en inox et je m’aperçois que cette charnière me laisse une belle surface pour y mettre par exemple une figure de proue. Il y a juste en plein milieu un trou mal placé,……sauf pour Polyphème.

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VOYAGE

Ensuite, le plus gros du travail, c’est de remplacer toutes les parties de tôles abimées sur le pont et sur les roofs. Pour certaines ça va assez vite, je découpe à la disqueuse la partie perforée, je la copie sur une tôle neuve et je la ressoude. C’est souvent des petites pièces, parfois des plus grosses et parfois on croit avoir à faire à une petite entrée d’eau, on découpe, on s’aperçoit que la corrosion est plus étendue que prévu, et puis on s’aperçoit que même les renforts sont affaiblis et on passe plusieurs jours à remplacer des membrures et des panneaux de tôles d’un mètre carré ou plus. Pour la coque même combat, après avoir vidé les deux mètres cube d’eau de pluie accumulés au fond de la cales pendant les presque trente ans d’abandon. Chaque soir je fais le compte des trous qu’il reste à boucher et chaque matin j’en trouve quelques nouveaux, mais ça ne suffit pas pour me décourager.

Et puis un jour arrive le premier confinement. Premier réflex, je me mets à écrire sur Face de bouc, et j’entreprends la construction de la casquette qui servira d’abri aux barreurs. Le chantier est calme, j’y vis tout seul pendant deux mois, quand je ressens le besoin de voir une personne vivante je m’invite pour le café chez ma charmante voisine, et parfois bien sûr je suis obligé de faire quelques courses chez Inter-U. Plus rien ne bouge au marigot à part les ambulances d’en face, les journées où je ne remue pas trop de poussière j’entends les oiseaux entre les bateaux et j’observe les lapins sur le terrain vague de derrière.Je fais aussi connaissance de mon voisin le pêcheur, on prend le temps d’échanger quelques mots tout les jours. Pour la première fois j’ai la sensation d' »avoir le temps », tout est paisible, silencieux. La propriétaire du chantier où je me trouve me dit un jour: « On va bientôt être libérés »….sur le coup je ne comprends pas la remarque…. »mais on va être déconfinés!!! « . Je sais ça n’a pas été facile pour beaucoup de gens, mais moi sur mon chantier je ne me suis jamais senti aussi bien. Et puis ce petit picotement quand je me promenais sans « ausweiss »….

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Seul gros point noir de ce bateau: la cabine arrière, sombre, mal agencée, exigüe, laide.

Je décide de tout arracher, de redécouper tout le roof, de le remonter de trente centimètres, de rhabiller la cabine après l’avoir bien isolé avec du liège, de faire un immense lit trapézoïdal qui peut se transformer en carré arrière pour la lecture, les jeux, internet….D’abord j’essuie une série de mise en garde de mon entourage du genre: « ce genre de transformations ça ne marche jamais », « tu vas casser l’esthétique générale du bateau », « en plus tu travailles sans faire aucun plan, aucun dessin », » c’est beaucoup de travail, tu vas y passer des mois »……

Rien de tel pour me conforter dans mes choix, merci les gars. Et le dépeçage commence à grands coups des disqueuse, les morceaux de ferraille s’empilent au pied du bateau, je deviens le meilleur client du ferrailleur manouche qui passe bientôt toutes les semaines et la poupe se transforme en trou béant.

Et puis c’est la reconstruction, la recherche de formes tout en restant dans l’esprit de l’époque. Pour les grandes lignes je recopie les angles les courbures et les arrondis de la partie avant tout en laissant mon imagination influencer mes choix. Pour simplifier je m’impose certaines règles précises à l’intérieur desquelles je me laisse délirer. Je me calcule une hauteur sous barrots confortable, j’utilise au maximum le volume disponible, je tends des fils pour rester bien dans l’axe, je reconstruit en plats cintrés sur le chant, à deux, à l’ancienne, à la masse sur deux carrés de bois. C’est pas du travail c’est du plaisir pur, je suis impatient, je dors trois heures par nuit et j’attends le jour. Parfois je me lève à trois du mat et j’écris jusqu’à huit et puis je réveille le quartier. Malgré ce raffut les voisins ne me font pas la gueule….ils me trouvent même des circonstances atténuantes…..en tout cas pour ce qui est des voisins mâles, parce que de temps en temps leurs femelles me lancent des regards de reproche que je ne vois absolument pas.

Quand plusieurs choix sont possible et que ça me pose un problème, comme pour la découpe des hublots de poupe, je convoque une assemblée, ou plutôt je récupère tout ceux qui sont dans le coin, et je dessine successivement toutes les formes et associations de forme qui me passent par la tête. A un moment, subitement, c’est l’unanimité et tout le monde retourne à ses occupations. Je ne sais toujours pas si c’est pour que je les lâche qu’ils sont tout d’un coup d’accord, mais en tout cas ça m’aide bien.

Et puis reste l’aménagement intérieur:

Parquet fin de bambou clair pour le plafond et les bordés, pour le panneau de poupe contre plaqué frêne, les habillages de contour de hublots, de table, de lit, de placards, noyer récupéré sur une vieille armoire qui partait à la déchèterie. Pour l’isolation panneaux de liège expansés coincés entre les lisses et les membrures.

Même ambiance chaude et claire que sur le Ravachol. Toute la partie timonerie qui occupait avant le fond du bateau sur toute sa hauteur a été remplacée par un vérin hydraulique commandé directement par l’énergie du barreur sur sa barre et cachée sous le lit.

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La transaction se fait et semble convenir aux deux parties. Me voilà donc propriétaire du Marius-Jacob, magnifique ketch en acier en forme, soudé et riveté à l’ancienne, quille longue, lourd, large, confortable, un beau spécimen de ce qui se faisait de mieux à la fin des années 50. A bord, que de l »acier, du bois, du cuivre, du zinc, du bronze, de l’inox, un peu de caoutchouc, pratiquement pas de plastique. Je me remets doucement, je reprends un peu de poids, et surtout j’organise la marche à suivre pour la remise en état du Marius-Jacob, j’y passe des heures, tout s’organise, se décante, se clarifie. Dans ma tête tout est prêt, il n’y a plus qu’a passer à la phase concrète, à la meuleuse, au poste à souder, à la massette et à la masse et à soulever des nuages de poussières et de limailles.

Je quitte donc Strasbourg dès janvier 2019 avec tout ce qui me reste dans ma fourgonnette, ma moto, quelques habits, des livres, mon ordi et je rejoins le marigot. Je sais que c’est là que je dois être, j’y suis bien, mentalement j’ai de quoi épuiser un corps sain, mais mon physique est en pleine reconstruction, et mon corps n’a plus 20 ans. Malgré ça je suis prêt à la lutte bien avant le lever du jour et je guette le moment où le ciel va enfin s’éclaircir, j’arrive à temporiser encore un peu en prenant mon déjeuner. Malgré mon impatience il me reste quelques scrupules, je ne veux pas que tout les voisins tombent de leur lit juste au petit jour et dés 7h30 j’envoie la cavalerie.

Les travaux avancent vite, bien, facilement, la nuit j’organise mon travail du lendemain, je trouve la solution à un problème qui semblait insoluble la veille, je regarde dix fois si le ciel s’éclaircit enfin,  » Du calme mon gars il est trois heures du mat!!!! ».

L’été arrive, j’ai pas compris comment, je soude en plein cagnard, par plus de 40° à l’ombre, mon nouveau corps supporte mieux la chaleur que l’ancien, mais quand j’ai vraiment trop chaud je vais sous la douche en habits de travail et je retourne au boulot tout dégoulinant. Ca fonctionne une heure et demie et je recommence. Je mange comme un ogre, je chie comme une vache, je suis emporté par mon élan.

Je ne comprends toujours pas le pourquoi de toute cette agitation, mais je suis sur d’être dans le bon, je comprendrais plus tard, quand je verrai ma première baleine à bosse, ou peut-être que je fais tout ça pour que d’autres puissent la voir,….ça n’a aucune importance, je sais que ce que je fais doit être fait.

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Naissance du projet.

Au retour d’un voyage en méditerranée et après être entré sur la lagune de Sète, je retourne au chantier naval de Balaruc pour faire démâter le Ravachol. Je connais un peu cet endroit, j’y suis déjà venu quelques fois, c’est un endroit qu’on appelle le « marigot », c’est un petit port disons….bordélique….avec, en plus des bateaux dans toutes sortes d’états, on trouve pêle-mêle des caravanes sans roues, des fourgons sans moteurs, de la ferraille, des morceaux en tout genres et des gens qui habitent là et qui eux aussi ont souvent perdus quelques morceaux en route. Le genre d’endroit que j’aime particulièrement et qui sont devenus très rares sur la côte méditerranéenne. Tout les midis ou presque j’allais déjeuner dans une toute petite cantine, coincée au fond d’un chantier naval, et très vite j’ai fait partie de la faune locale. Les adoptions se réalisent très vite dans ce genre d’endroit, surtout quand on joue la même partition. Donc, c’est en sortant de cette guinguette accompagné du patron de ce chantier qu’on passe derrière un beau bateau en acier complètement délabré, l’Anitra, et que, je ne sais toujours pas pourquoi, le patron me dit que ce bateau est à vendre et que je devrais aller le visiter.

De bateau j’en ai déjà un, je vois pas exactement ce que je pourrais faire de deux bateaux, mais je suis aussi curieux……et donc je monte à bord et je découvre un intérieur tout en bois massif, solide et fait avec gout, des rangements partout, une cheminée à bois et même ….une baignoire. Un à zéro pour toi, mon pote…..et très vite deux zéro quand il m’annonce le prix.

J’ai pas les sous mais j’ai une amie qui vient de vendre la grande roulotte de forain dans laquelle elle vivait et qui pourrait bien être intéressée …..et ça marche, je m’engage à assurer les travaux et c’est parti.

Mais très vite un problème vient enrayer ce bel élan, j’ai nommé….un cancer, puis deux….je perds ma belle énergie, les choses deviennent lourdes, mon amie essaye de poursuivre les travaux, mais une femme seule c’est une cible facile, le travail se fait avec peu d’entrain, on joue la montre, on a du mal à comprendre, chacun essaye de convaincre que SA méthode est la meilleure et traine des pieds quand on sort de son registre. Je me rends compte très vite que la situation nous échappe et je n’ai plus les moyens d’intervenir. Après ces expériences malheureuse mon amie finit par renoncer et les choses en restent là.

Moi je pars dans d’autres aventures du genre chirurgicales, puis deux mois d’hôpital, ce qui me laisse le temps de réfléchir à la suite de mon passage sur terre. Confortablement installé dans mes draps j’ élimine de mes projets le maximum de ce qui me déplait, et je réorganise ceux qui me tiennent à cœur en fonction de mon nouveau corps. Je suis passé en quelques mois de la morphologie Baraldo, c’est à dire grands costaud à l’estomac proéminent à celle des Weinstoerffer, du coté de ma mère, élancés, fins, souples…. bref je suis passé de 105 kg à 65 kg. Bizarrement une idée me revient sans arrêt, idée en dehors de toute logique, complètement déraisonnable, mais persistante et même obsédante; l’Anitra devenu Polypode, et qui s’appelle aujourd’hui le Marius-Jacob. Ce bateau voulait-il n’avoir à faire qu’a moi? Pensait-il que pour revoir un jour l’océan j’étais son meilleur complice? En tout cas à ma sortie de l’ hôpital, à peine capable de marcher une centaine de mètres et ça en regardant bien le sol devant moi pour ne pas perdre l’équilibre, une de mes première préoccupation a été de racheter ce bateau.

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Voyage

Ceci est le début d’un récit de voyage, juste un parmi beaucoup d’autres récits de voyage. Mais ce récit de voyage a plusieurs avantages, d’abord parce que c’est le mien ou le notre, parce qu’ apparemment on devrait partir à plusieurs sur plusieurs bateaux et parce qu’il a lieu à un moment troublé par la crise climatique, le Covid, et l’ effondrement d’un modèle économique sur lequel nous avons vécu depuis notre naissance. Toutes ces causes font qu’on va vivre de grands bouleversements qui vont peut-être nous permettre, si on fait pas trop les cons, de créer ensemble et après des moments très difficiles, enfin, un monde meilleur.

Mon seul regret c’est qu’il a fallu atteindre les limites de notre modèle pour que les gens réagissent. Tout ça aurait quand-même été bien plus noble si nous avions réagi avant d’y être contraints. Je crois en l’humain, en la personne que j’ai en face de moi, quand elle fait l’effort de montrer le meilleur d’elle même, je ne crois plus du tout en l’ humanité. Quand je suis en face de vous je me contente de votre meilleur, mais dés que vous que je sens poindre la bête hideuse qui vous habite, je continue à vous écouter par politesse et surtout en laissant mon doigt appuyé sur la touche effacer de mon cerveau.

Je crois que ce qui me déçoit le plus dans l’humanité c’est ce mépris absolu de ce que vous ont légué vos anciens, sauf pour ce qui a une valeur financière bien sûr. Comment avez vous pu, je parle de la grande majorité d’entre vous, abandonner votre indépendance, votre fierté, votre dignité, pour accepter de ne plus pouvoir vivre sans quelqu’un qui vous fournit votre nourriture, votre droit d’exister, votre droit de respirer, en échange de votre liberté de penser, de vous exprimer, de vivre VOTRE vie.

Souvent je me dis que l’humain est prêt à tout accepter pourvu qu’on lui laisse une petite place dans le groupe et quelques miettes du grand festin. On s’y est tous laissé prendre au grand jeu de la mondialisation, du libéralisme….tous du nord au sud, même ces fiers Inuits qui savaient vivre de chasse et de pèche dans les conditions les plus difficiles et qui, pour du chauffage et quelques vivres frelatés, ont abandonné leur culture et leurs savoir-faire millénaires, trésors légués par leurs anciens, sans le moindre regret. Et quand notre beau système s’écroulera ils seront simplement abandonnés sans aucune hésitation, comme on abandonne nos vieux, nos jeunes, nos chômeurs, nos SDF, nos réfugiés et tout ce qui n’est pas rentable. Voilà enfin un des rêves les plus chers de notre brave Hitler qui se réalise. C’était bien la peine de lutter contre le nazisme au prix de millions de morts pour en arriver là.

Heureusement tout le monde ne s’y est pas laissé prendre, certain on même compris depuis très longtemps, mais quand même quel gâchis.

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Bonjour tout le monde !