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VOYAGE

Seul gros point noir de ce bateau: la cabine arrière, sombre, mal agencée, exigüe, laide.

Je décide de tout arracher, de redécouper tout le roof, de le remonter de trente centimètres, de rhabiller la cabine après l’avoir bien isolé avec du liège, de faire un immense lit trapézoïdal qui peut se transformer en carré arrière pour la lecture, les jeux, internet….D’abord j’essuie une série de mise en garde de mon entourage du genre: « ce genre de transformations ça ne marche jamais », « tu vas casser l’esthétique générale du bateau », « en plus tu travailles sans faire aucun plan, aucun dessin », » c’est beaucoup de travail, tu vas y passer des mois »……

Rien de tel pour me conforter dans mes choix, merci les gars. Et le dépeçage commence à grands coups des disqueuse, les morceaux de ferraille s’empilent au pied du bateau, je deviens le meilleur client du ferrailleur manouche qui passe bientôt toutes les semaines et la poupe se transforme en trou béant.

Et puis c’est la reconstruction, la recherche de formes tout en restant dans l’esprit de l’époque. Pour les grandes lignes je recopie les angles les courbures et les arrondis de la partie avant tout en laissant mon imagination influencer mes choix. Pour simplifier je m’impose certaines règles précises à l’intérieur desquelles je me laisse délirer. Je me calcule une hauteur sous barrots confortable, j’utilise au maximum le volume disponible, je tends des fils pour rester bien dans l’axe, je reconstruit en plats cintrés sur le chant, à deux, à l’ancienne, à la masse sur deux carrés de bois. C’est pas du travail c’est du plaisir pur, je suis impatient, je dors trois heures par nuit et j’attends le jour. Parfois je me lève à trois du mat et j’écris jusqu’à huit et puis je réveille le quartier. Malgré ce raffut les voisins ne me font pas la gueule….ils me trouvent même des circonstances atténuantes…..en tout cas pour ce qui est des voisins mâles, parce que de temps en temps leurs femelles me lancent des regards de reproche que je ne vois absolument pas.

Quand plusieurs choix sont possible et que ça me pose un problème, comme pour la découpe des hublots de poupe, je convoque une assemblée, ou plutôt je récupère tout ceux qui sont dans le coin, et je dessine successivement toutes les formes et associations de forme qui me passent par la tête. A un moment, subitement, c’est l’unanimité et tout le monde retourne à ses occupations. Je ne sais toujours pas si c’est pour que je les lâche qu’ils sont tout d’un coup d’accord, mais en tout cas ça m’aide bien.

Et puis reste l’aménagement intérieur:

Parquet fin de bambou clair pour le plafond et les bordés, pour le panneau de poupe contre plaqué frêne, les habillages de contour de hublots, de table, de lit, de placards, noyer récupéré sur une vieille armoire qui partait à la déchèterie. Pour l’isolation panneaux de liège expansés coincés entre les lisses et les membrures.

Même ambiance chaude et claire que sur le Ravachol. Toute la partie timonerie qui occupait avant le fond du bateau sur toute sa hauteur a été remplacée par un vérin hydraulique commandé directement par l’énergie du barreur sur sa barre et cachée sous le lit.